Markdown – Réduction explicite
Les compagnies, les organisations, les marques ou les logiciels ne sont pas les seules entités du monde de l’informatique a utiliser des emblèmes : les technologies ou les langages ont aussi, bien que peut-être plus rarement, recours à ce bref condensé illustratif, notamment pour leur communication. Si la création de ces “métaphores visuelles” revient le plus souvent à l’auteur ou l’initiateur d’un projet, il n’en va pas toujours ainsi, et certaines initiatives individuelles émergent, et parfois, s’imposent.
Il en est peut-être ainsi pour Markdown, en passe de devenir un standard “de fait”, notamment depuis son adoption par des plates-formes d’échange aussi importantes que GitHub ou Tumblr. Markdown, tel que décrit par son auteur principal John Gruber1, est “un outil de conversion [qui] permet de rédiger en utilisant du texte brut lisible et facile à écrire, puis de le convertir de manière structurellement valide en XHTML ou HTML”2, bref, un “langage de balisage léger” comme le défini Wikipedia.
Cependant, bien que documentée et implémentée de manière croissante, Markdown n’a officiellement aucun emblème — plusieurs applications utilisent simplement un dérivé de l’insigne du site de John Gruber — pas plus que d’extension de nom de fichier définie — l’usage de .md semble cependant tenir la corde, ne serait-ce que grâce à son intensive utilisation sur GitHub. Dustin Curtis ayant fait ce constat — “il n’y a actuellement aucun symbole universel pour identifier le support de Markdown3” —, il a donc décidé d’en créé un et de le dédié au domaine public4.

Le nom même de Markdown combine deux idées. D’abord, au sens littéral, markdown est une remise, une réduction de prix. Mais comme une boutade, markdown répond aussi à markup, traduit en français par “balisage”. Markdown, rien que par son libellé, est donc un genre de double métaphore : il s’oppose aux langages de “balisage” plus complexes par une syntaxe “réduite”.
Le symbole mis au point par Dustin Curtis synthétise bien ce concept. Dans un genre de cartouche — qui pourrait schématiquement représenter une étiquette à accoler sur un produit en réduction —, deux caractères aisément identifiables sont accolés : la lettre “M” et une flèche pointant vers le bas. Bien sûr, on pourra arguer qu’il s’agit là, pratiquement, d’une “traduction graphique mot à mot”. Il semble cependant assez difficile de trouver un moyen de dépeindre de manière universelle le terme mark. Quant à la flèche pointant dans une direction donnée, elle est un symbole unanimement reconnu — qu’on pense notamment à celle pointant au contraire vers le haut qui indique le passage en majuscule sur tous les claviers du monde.
Plus qu’un insigne sophistiqué, c’est donc un symbole explicite et aisément identifiable qu’a voulu mettre au point Dustin Curtis — l’ajout d’une “approximation” purement textuelle5 va d’ailleurs dans ce sens. D’un point de vue conceptuel, l’objectif semble atteint : reste à voir si, sur le plus long terme, l’idée va s’imposer.
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Aaron Swartz (1986–2013) est souvent mentionné comme un “contributeur substantiel”. John Gruber indique d’ailleurs dans ses remerciements qu’il mérite “énormément de crédits pour ses commentaires sur la conception de la syntaxe du format Markdown” : Gruber (John), “Markdown”, Daring Fireball (17.12.2004). ↩
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Traduction partielle du premier paragraphe présentant le projet. Toutes les spécifications sont accessibles sur la page de l’auteur, op. cit.. ↩
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Curtis (Dustin), “The Markdown Mark” (14.03.2012). ↩
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Toutes les sources nécessaires à l’utilisation de ce symbole sont disponibles sur GitHub. ↩
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Littéralement, l’auteur évoque une “unicode approximation” permettant d’indiquer Markdown en utilisant la suite de caractères [M↓] dans le cas où l’usage d’une illustration serait impossible. ↩
Steampunk Storage – Informatique rétro-futuriste
Parmi les “tendances” graphiques du moment, le vintage semble s’être fait une place, si ce n’est importante, à tout le moins, remarquée. Si, paradoxalement, c’est probablement en raison de nouvelles possibilités techniques que des sites internet à l’aspect ouvertement “rétro” ont pu voir le jour, le graphisme en général et l’emblématique informatique en particulier n’ont pas les mêmes contingences.
David Lanham — bien connu notamment pour la création du petit oiseau bleu qui sert d’emblème à Twitterrific1 —, s’est essayé à transposer la thématique steampunk2 à certains périphériques de stockage. L’ensemble, baptisé Steampunk Storage3, est assez éloigné de son style habituel, qu’on pourrait qualifier schématiquement comme étant “organique” — ses créations semblent plus souvent marquées par des sources d’inspirations animales ou végétales. C’est que le “genre” se nourrie plus de mélanges de textures issues de l’industrie — acier, cuivre, cuir, etc. — que de créatures fabuleuses aux atours colorés ou à la morphologie exotique.

Cette livraison se compose de huit différentes icônes tentant chacune d’appliquer des métaphores steampunk à quelques périphériques — courant sur les systèmes Apple, plus particulièrement :
- Airport représente un genre de ballon qui n’est pas sans rappeler une montgolfière — le zeppelin est probablement plus répandu dans l’iconographie rétro-futuriste, mais plus délicat à mettre en scène dans la quadrature traditionnelle d’une icône informatique
- Drive semble représenter un genre de chaudière, probablement sous pression, comme une pièce du moteur d’un engin, ainsi que le laisse supposer un bout d’engrenage apparent
- FireWire joue sur la présence de flammes visibles à travers la grille de ce qui semble être un fourneau, le tout complété par une prise portant l’insigne moderne de ce type de connexion
- Internal se présente sous la forme d’un hublot hermétiquement clos, grâce à deux verrous apparents, derrière lequel on aperçoit une sphère métallique
- Network symbolise la complexité du réseau par un entrelacement de tuyau, probable rappel du système de transport par tube pneumatique
- Removeable présente un mécanisme, peut-être d’horlogerie, sertit dans un coffret finement ouvragé et muni de deux poignées indiquant sa mobilité
- Time Machine est probablement la moins ouvertement steampunk, puisqu’à défaut de flamme ou de fumée, des faisceaux électriques violacés symbolisent des capacités spécifiques, le tout dans un appareil qui semble moins “cuivré”
- USB reprend plusieurs aspects visuels utilisés pour Drive, mais avec un appareil de mesure plus imposant et, surtout, l’ajout d’un branchement bien visible, flanqué de l’emblème actuel de ce type de connexion
Du strict point de vue de la réalisation, ces créations sont incontestablement une réussite. Cependant, la relative homogénéité de forme — les icônes sont pour la plupart circonscrites dans un cercle — et de ton — métallique, cuivre ou laiton —, rend certaines d’entre-elles difficiles à distinguer les unes des autres. Le phénomène s’accentue un peu plus lors d’une utilisation en résolution réduite : les détails — jauge, compteur, branchement, etc. — visibles sur la taille la plus importante deviennent dès lors invisibles.
Bien que tout à fait utilisables, ce lot d’icône est probablement plus un exercice de style — surtout pour un artiste dont le principal de la production ne semble pas se concentrer autour de l’hyper-réalisme., et c’est sans doute sous cet angle qu’il a pu être, pour d’autres artistes du domaine, une source d’inspiration pour d’autres tentatives4.
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Pour ceux qui ignoreraient tout de l’aspect de cette mascotte, surnommée Ollie et souvent confondue dans les médias avec celle de Twitter elle-même, l’auteur présente la dernière mouture sur son portefolio : Lanham (David), “Twitterrific”, David Lanham, drawings and other creations (05.12.2012). ↩
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Il n’est pas question de revenir ici en détail sur la définition, l’histoire ou l’esthétique de ce qui est au départ une sorte de jeu littéraire. En dehors des nombreux liens aisément consultables sur le réseau, on peut noter deux récents essais conséquents sur le steampunk en particulier et le “rétro-futurisme” en général : Barillier (Étienne), Steampunk ! L’esthétique rétro-futur et Colson (Raphaël, dir.), Rétro-futur ! Demain s’est déjà produit, tous deux chez les moutons électriques, éditeur, respectivement en 2010 et 2012. ↩
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Lanham (David), “Steampunk Storage” et “Steampunk Storage”, David Lanham, drawings and other creations (07.12.2010). Le set est disponible en téléchargement gratuit via The Iconfactory. ↩
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À titre d’exemple, et par simple ordre chronologique, on peut mentionner un “rebond” de l’icône Drive par l’Indien Pranav Pramod, visible sur son compte Dribbble (31.12.2011), ou une icône pour navigateur internet d’inspiration steampunk par un Japonais répondant au nom de Wakaba, disponible sur son compte deviantArt (27.01.2012). ↩
3. Git – Bifurcation vers la modernité
Dans le domaine du logiciel libre, les différents aspects liés à l’identité, notamment graphique, ne sont souvent pas très développés — pour dire le moins. Sans association, organisme voire société soutenant un projet, identités visuelles et autres chartes graphiques passent pour quantités négligeables, la majorité des ressources allant logiquement aux aspects les plus utilitaires.
Le logiciel de gestion de version Git faisait partie de ces “enfants pauvres” du branding. Longtemps cantonné au réseau de développeurs professionnels ou éclairés, principalement parce que sans applications “grand public” pour les systèmes les plus répandus, il se contentait d’une identité presque purement symbolique — trois signes de soustraction rouges superposés à trois signes d’addition verts ont longtemps constitués sa seule image. Cependant, les temps changent, notamment grâce à la rapide expansion de la plate-forme GitHub, véritable “réseau social des développeurs”, basé justement sur ce logiciel. À l’occasion de la mise en ligne de la refonte du site de Git, on apprenait donc l’année dernière la naissance d’une nouvelle identité visuelle sur le blog officiel de GitHub1.

Abandonnant la symbolique mathématique des soustractions et additions, le nouvel insigne conçu par Jason Long utilise désormais une figure qui n’est pas sans rappeler celle de son “concurrent” Bazaar2. En effet, là où l’icône de Bazaar représente assez fidèlement — notamment par le choix de la palette de couleurs — un panneau routier qui indiquerait un embranchement rejoignant une route principale, le nouvel emblème conçu pour Git utilise certes la forme rhombique, mais de manière moins manifeste, et les lignes qui s’y trouvent semblent plutôt diverger que converger. Par ailleurs, le tracé de ces lignes — ainsi que les trois cercles symbolisant des commits — est en réalité une découpe de la forme du losange : peut-être peut-on y voir un genre de rappel du temps des cartes perforées.
Cette “rénovation” de l’image du logiciel Git ne se limite pas seulement au seul insigne. Outre l’intégralité du site, entièrement revu de manière moderne et homogène, la charte graphique s’étend aussi à d’autres outils liés, comme notamment libgit2 dont l’emblème est particulièrement riche de métaphores3. Outre la jonction de version, reprise de la nouvelle icône, on y voit ainsi un empilement de trois niveaux — pouvant symboliser la notion de “livre” liée au concept de “bibliothèque” en même temps qu’un travail qui s’effectuerait par enrichissement de strates successives. Par ailleurs, les cercles creux de l’insigne du logiciel se transforment en plots, dont seulement trois sont utilisés pour joindre les lignes désormais colorées en blanc, donnant à l’ensemble l’aspect d’une pièce d’un jeu de construction — symbolique assez évidente des “briques logicielles”.
L’air de famille — parenté, filiation ? — entre cette nouvelle icône de Git et celle de Bazaar semble assez évidente : elles partagent très probablement la même inspiration. Cependant, par sa réalisation géométrique volontairement simple, la volonté de décliner le concept à d’autres éléments graphiques voire à l’intégralité du site du logiciel, la démarche est bien plus ample et donne un salutaire coup de modernité à un outil libre.
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Chacon (Scott), “New Git Homepage”, The GitHub Blog (07.05.2012). ↩
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Pour s’en faire une idée, il suffit de consulter la page dédiée au logo sur le site officiel du logiciel Bazaar. Quant au nouvel insigne de Git, il est téléchargeable ainsi que son logotype sur le site officiel de l’application — on peut regretté que seul un fichier EPS récent soit disponible. ↩
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Jason Long présentait sur son compte Dribble le concept de cette nouvelle représentation, complétée, quelques semaines avant la mise en ligne du site, par la déclinaison proposée pour cet outil, conjointement à celui du logiciel principal. C’est cette seconde image qui est utilisée ici en guise d’illustration. ↩
2. The Safari icon Set – Trouver des boussoles
Dans le petit monde de la conception et du développement de logiciels, l’emblématique, dans sa signification la plus large, n’est pas toujours une priorité. Les fonctionnalités sont, assez évidemment, considérées comme plus importantes que le nom ou l’identité visuelle d’un outil, dont on attend avant tout qu’il rende les services pour lesquels il est conçu. Le peu d’imagination dont a pu faire preuve l’une des plus grandes firmes du domaine en nommant tout simplement son navigateur Internet Explorer en est une preuve parmi d’autres — quoique, il puisse ici s’agir au contraire d’une volonté délibérée de vouloir faire de ce produit un genre d’évidence incontournable : “le navigateur de l’internet”.
Dans le genre, Apple, dont on connaît l’indéniable attention portée à l’esthétique de ses produits de haute technologie, ne brille pas non plus toujours pour son inspiration lors de l’attribution de nom. Tel ne fut pas le cas quand la compagnie décida de mettre en chantier son navigateur maison, Safari — qui échappa entre autres à Freedom, auquel songea Steve Jobs quelques instants, ou à iBrowse, son nom de code interne, et qui, heureusement, le resta1.
Cependant, le choix de son icône — une boussole — peut déconcerter. Une boussole ? On peut certes avoir besoin d’une boussole lors d’un safari, on utilise bien entendu cet instrument lors de nombreux types d’exploration, mais ce symbole n’aurait-il pas mieux convenu si le logiciel s’était appelé Compass ? Probablement que l’allusion au vétéran Navigator, de feu Netscape, aurait été par trop flagrante. Et puis, l’idée d’exploration sous-jacente ne cache-t-elle pas une réminiscence à un concept présent dans le nom même de l’un de ses concurrents ?
Cette disparité entre le nom et l’emblème peut cependant être une source d’inspiration. Ainsi, le designer danois Michael Flarup a eu l’idée d’une toute autre métaphore inspirée par le nom du logiciel. Fin 2007, il propose une icône de remplacement représentant un casque colonial2. Si cet objet est hélas aussi lié à toute une imagerie entretenant des rapports plus distants avec l’exploration, il n’en reste pas moins que l’idée ne semble pas totalement incongrue.
L’auteur n’en reste pas là, et quelques années plus tard, partant d’un retravail de la boussole originale sensée représenter Safari, il présente une petite série de dix icônes digressant autour de cet instrument, publiant à l’occasion un article expliquant son processus3.

Partant du principe que le concept de la navigation ne doit pas se limiter à une seule forme de boussole, Michael Flarup décline donc plusieurs variantes usuelles ou thématiques :
- Aircraft : aérienne, inspirée des instruments de bord
- Ancient Mariner : maritime, sur fond de rose des vents
- Army : militaire, à l’aspect ultra-moderne
- Electronic : comme son nom l’indique, à affichage numérique
- Floating Needle : rustique, un bouchon et une aiguille flottant dans une verre
- Gyroscopic : sphérique, aux reflets recherchée
- Hiking : sportive, aux contours de plastique
- Pirates! : archaïque, telle qu’elle pourrait avoir été sur un navire corsaire
- World : la version de base, complétée par une carte du monde
C’est à un genre de digression graphique que nous invite ce jeune designer danois. Servi par une réalisation de haut niveau, marquée par un style hyper-réaliste rendu possible par les larges résolutions désormais disponibles sur les appareils actuels, cette série n’est pas véritablement une recherche sur la symbolique de la boussole, mais plutôt une exploration des déclinaisons possibles de l’utilisation de ce type d’instrument. Parce qu’il aborde les acceptions les plus évidentes comme les plus inattendues, ce projet pourrait s’avérer intéressant dans bien d’autres cas que le seul remplacement de l’icône par défaut du logiciel à partir de laquelle il a été extrapolé.
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Melton (Don), “When I first heard the name “Safari””, Just another Web geek playing with the Web (19.12.2012) et “Writing a correction is not what I want to be doing now, ibidem (23.12.2012). ↩
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Cette icône n’est actuellement plus disponible sur le site de l’auteur, mais son téléchargement reste possible sur son compte deviantArt. En 2011, Michael Flarup a par ailleurs proposé, sous le seul nom de Pith Helmet, une version retravaillée sur son compte Dribbble, icône qui n’est à ce jour pas téléchargeable. ↩
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Flarup (Michael), “The Safari icon Set, PixelResort (18.11.2010). ↩